Sans faire d’amalgame, ni entre les créationnistes et les climato-sceptiques, ni entre les scientifiques contestataires et ceux qui les utilisent à des fins politiques ou religieuses, quelques pistes pour y voir plus clair dans les polémiques scientifiques. Dans le cas de la polémique sur le climat, un certain nombre de ces stratégies de manipulation des masses sont appliquées par les plus militants des climato-convaincus eux-mêmes, contribuant ainsi à décrédibiliser le consensus scientifique et entretenant la confusion générale.

Les climato-sceptiques © Chappatte in "International Herald Tribune" - www.globecartoon.com

1. Le droit au doute tu invoqueras.

Les contestataires réclament un traitement équilibré de leur version et des théories qui font consensus, au nom de la diversité des points de vue et du scepticisme ô combien valorisé au sein des sciences. La contestation, placée ainsi sur le même plan que le consensus, a la même valeur que ce dernier aux yeux du public : “on peut choisir de croire en l’un ou en l’autre, puisque les scientifiques ne sont pas d’accord entre eux”.

2. Les publications scientifiques tu détourneras.

Afin de gagner une respectabilité scientifique, certains contestataires utilisent des théorèmes mathématiques pour montrer qu’une force intelligente est à l’œuvre pour produire le vivant (William Dembski), d’autres falsifient des résultats expérimentaux pour réfuter le réchauffement climatique d’origine humaine (Claude Allègre). Certains réalisateurs de documentaires (Martin Durkin dans « La grande arnaque du réchauffement climatique ») vont même jusqu’à utiliser les propos d’éminents scientifiques sans les avoir prévenus de l’orientation contestataire de leur projet.

3. Le grand complot tu accuseras.

Pour les contestataires, il ne fait nul doute que le consensus scientifique est le fruit d’un complot mondial dans l’intérêt d’organismes de recherche ou de groupes militants. Les contestataires se présentent comme des victimes qui ont le courage de refuser l’enrôlement.

4. La science tu discréditeras.

Tout ce que le public retient, c’est l’hystérie et la controverse. Et cela ternit l’image de la science en général.” analyse dans Le Monde Alan Leshner, directeur général de l’American Association for the Advancement of Science (AAAS), qui édite notamment la revue Science. “Les contestataires créent de la défiance autour des scientifiques et font croire au public que la démarche scientifique est corrompue” renchérit Eileen Claussen, directrice du Pew Research Center sur le changement climatique.

5. Le débat avec tes adversaires tu réclameras.

Affronter dans des débats publiques des scientifiques peu aguerris aux batailles médiatiques est une garantie de succès pour les contestataires : monopolisation de la parole et affirmation d’arguments dénués de preuves font partie de leurs stratégies classiques. En France, les créationnistes trouvent peu d’écho dans les médias traditionnels, car le pays est de tradition laïque. Mais aux Etats-Unis, ils sont régulièrement invités à débattre à la télévision.

6. Au “grand public” directement tu t’adresseras.

Les contestataires réfutent certaines théories scientifiques, mais ne s’appuient jamais sur des recherches publiées dans des revues à comité de lecture. Cependant, le “grand public” ne lit pas ces revues et ne connait pas les procédures officielles de publication... s’adresser directement à lui permet de gagner un temps précieux. Il suffit d’écrire des articles dans les journaux à grand tirage, de publier un livre, de se faire inviter dans des émissions de télévision et le tour est joué. Conséquence : les contestataires se mettent à dos une grande partie de la communauté scientifique ce qui, loin de les déranger, renforce leur position de "savants seuls contre tous".

7. A la bonne heure dans les médias tu surgiras.

Il est difficile de ne pas remarquer la coïncidence temporelle entre des contestations environnementales (contre l’existence d’un “trou” dans la couche d’ozone, contre le réchauffement climatique...) et les grands sommets que furent Rio (1992) et Copenhague (2009). Cela permet aux contestataires de s’immiscer dans les débats alors que de grandes décisions sont sur le point d’être prises. Ceci montre que le débat n’est pas seulement scientifique, mais que les contestataires s’opposent à une façon d’envisager la société.

8. Des personnalités influentes comme porte-paroles tu utiliseras.

L’exemple le plus connu : les prises de position de Georges W. Bush, alors président des Etats-Unis, contre le réchauffement climatique et pour l’enseignement des croyances créationnistes dans les écoles.

9. La toile tu inonderas.

Les contestataires savent utiliser le potentiel de diffusion offert par Internet : sites, blogs, vidéos... mais aussi commentaires laissés sur tous les articles traitant du sujet de leur contestation. Sur le web, les contestataires sont à l’affût.

10. Dans la sphère éducative tu t’immisceras.

C’est le meilleur moyen de convaincre à la source des millions d’esprits encore peu critiques.

Aux Etats-Unis, les créationnistes utilisent la polémique sur le changement climatique comme stratégie juridique pour intégrer les programmes éducatifs, en profitant du fait qu’ils ne sont pas définis au niveau national, mais par des commissions scolaires locales.

En 2007, les établissement scolaires français ont été gratuitement destinataires de “L’Atlas de la création” du turc Harun Yahya, livre de plus de 700 pages réfutant la théorie darwinienne de l’évolution. Ce livre ainsi que de nombreux autres ouvrages sont proposés en téléchargement gratuit sur le site internet d’Harun Yahya.

Dans le Kentucky, un musée créationniste a vu le jour en 2007 grâce à des moyens faramineux. Mais le concept existe déjà en Suède depuis 1996. Le financement d’une aile du Muséum d’Histoire Naturelle de Washington par les frères Koch, milliardaires liés aux industries pétrolières, est une stratégie plus insidieuse. Cette aile, dédiée aux origines de l’Homme et à l’évolution de l’humanité en réponse aux changements climatiques, ignore superbement la responsabilité humaine dans l’augmentation actuelle du taux de CO2 atmosphérique. On y trouve aussi une section encourageant à une compréhension mutuelle respectueuse des preuves scientifiques et des croyances religieuses.

 

Publié le 18 octobre 2010 sur http://www.legrandpublic.fr dans le cadre du Master 2 de Communication scientifique de l'Université de Strasbourg.

Retour à l'accueil